À propos de la réouverture des écoles

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Le dimanche 3 mai, nous avons adressé cette lettre ouverte au maire sortant.

Monsieur le Maire

Suite aux premières annonces du président de la République, le premier ministre, dans son discours du 28 avril devant l’Assemblée nationale, a confirmé le souhait d’une réouverture progressive des écoles à compter du 11 mai. Or, s’il nous paraît indispensable que la vie sociale et éducative de notre pays puisse reprendre, la précipitation et l’improvisation dans lesquelles se dessinent cette reprise nous inquiètent au plus au point.

Ainsi, lorsque l’épidémie de Covid-19 a commencé à toucher le territoire français, la fermeture des établissements scolaires s’était imposée du fait que la concentration d’élèves dans les écoles, collèges, lycées était une véritable bombe épidémiologique qui facilitait la propagation du virus. Le bon sens ainsi que le plus élémentaire principe de précaution ordonnaient donc que ces établissements soient les premiers fermés. Comment justifier qu’ils soient aujourd’hui les premiers à rouvrir, surtout quand on sait que le conseil scientifique a recommandé leur fermeture jusqu’en septembre ?

Il nous semble que la méthode choisie pour le déconfinement, et en particulier pour la réouverture des écoles, prend les choses à l’envers. Plutôt que d’annoncer une date de manière hasardeuse, c’est la réunion préalable des conditions sanitaires de sécurité des élèves et des personnels qui aurait du guider la réflexion du gouvernement. Autrement dit, c’est la définition, l’organisation et la mise en œuvre des moyens nécessaires à cette réouverture qui auraient du en déterminer la date et non l’inverse.

A titre d’exemple, il nous semble que des dépistages systématiques devraient pouvoir être pratiqués sur les élèves et leurs familles ainsi que sur les enseignants et leurs familles avant toute réouverture des écoles. Nous n’avons évidemment aucune garantie que cela puisse être fait. De même, le port de masques chirurgicaux (au minimum) pour les enseignants et les enfants capables de les porter nous semble également être une évidence. Les masques confectionnés par les citoyens réunis en association répondent certes à une intention louable de solidarité mais nous savons bien que la protection qu’ils offrent est insuffisante. Or, nous n’avons aucune garantie que l’Etat équipera ses personnels, et à plus forte raison les élèves, de masques chirurgicaux.

Bien entendu, l’Education Nationale a proposé des pistes de réflexion, comme la limitation du nombre d’élèves par classe et leur échelonnement sur la journée. Leur mise en œuvre sur les écoles de Jouy le Moutier est évidemment une bonne chose. Cependant, les syndicats d’enseignants et les fédérations de parents d’élèves sont unanimes en ce qui concerne le protocole sanitaire préparé par le ministère de l’Education Nationale : il est irréalisable ! Comment, en effet, imaginer que des enfants de moins de 10 ans soient en mesure de respecter systématiquement les distances de sécurité ainsi que les rituels de désinfection à répéter pratiquement après chaque interaction ?

Au-delà de nos inquiétudes sur la sécurité sanitaire, notre préoccupation est également d’ordre pédagogique et social. On nous dit que la réouverture des écoles est nécessaire dans un souci de lutte contre les inégalités. Pourtant ces inégalités seront exacerbées du fait que certains n’auront pas le choix de renvoyer ou non leurs enfants à l’école, en particulier parmi les ménages les plus fragiles, écoles où leurs enfants ne disposeront pas d’un système de cantine. De plus, la nécessité pour les enseignants d’être présents en classe les empêchera de suivre, de manière virtuelle, comme ils l’ont fait jusqu’ici, le reste des élèves dont les parents auront choisi de les garder à la maison. Tout cela pour seulement quelques jours de scolarisation, entre les classes réduites et leur échelonnement, qui ne bouleverseront pas la scolarité des enfants mais qui risqueront au contraire de créer des situations anxiogènes ainsi qu’un sentiment d’insécurité au sein même d’un espace qui devrait être, au contraire, leur sanctuaire. Il nous paraît donc que cette réouverture ne prend en compte aucun des impératifs pédagogiques et égalitaires auxquels devrait normalement répondre l’école de la République qui ne doit en aucun cas se transformer en simple garderie pour répondre à d’autres intérêts d’ordre économique.

Par ses annonces le gouvernement se défausse sur vous, en tant qu’élu local, de la terrible responsabilité de renvoyer des enfants et des enseignants dans des lieux où ils risquent d’être exposés à la contamination de ce virus que nous connaissons si peu. De la même manière, c’est sur les parents et sur les enseignants que pèse l’odieuse injonction de faire un choix insoutenable entre leur travail et leur santé, entre leur mission et la sécurité de tous et de leurs proches en particulier. Le maintien, jusqu’à aujourd’hui, du Val d’Oise dans la catégorie rouge de la nomenclature fixée par le gouvernement, ainsi que la confirmation par l’hôpital Necker du lien entre le Covid-19 et les symptômes de la maladie de Kawazaki chez les jeunes enfants ne font qu’augmenter notre inquiétude. Les exemples allemand et japonais qui sont en train de revenir sur leur décision de rouvrir les écoles ne sont pas non plus pour nous rassurer

Nous vous demandons donc, bien conscients que la décision de rouvrir les écoles et sa mise en œuvre chaotique ne sont pas de votre fait, de vous joindre au mouvement grandissant des maires de France qui ont déjà annoncé qu’ils refuseraient d’ouvrir les écoles de leur commune avant le mois de septembre, comme l’ont déjà fait dans le Val d’Oise les maires d’Ermont et de Saint-Leu-La-Forêt.

Cela ne signifie pas que nous devons abandonner les familles qui, pour des raisons liées à leurs situations sociales ou professionnelles, n’auraient pas d’autre choix que de confier leurs enfants. Nous devons être en mesure d’accueillir les enfants de ces familles, par petits groupes de 10 maximum, comme cela a été fait pendant le confinement pour les enfants des soignants. Il serait donc souhaitable que la mairie procède au recensement des familles qui se retrouveraient dans cette situation, de façon à pouvoir organiser, dans les conditions sanitaires et pédagogiques les plus satisfaisantes, l’accueil de leurs enfants. Il s’agirait donc d’une mesure d’exception, répondant à une situation exceptionnelle, et non d’une réouverture des écoles, pédagogiquement dépourvue de sens et sanitairement hasardeuse.

Ces mesures prises, nous réaffirmons que la prudence est de ne pas rouvrir les écoles le 11 mai et de suivre les recommandations du conseil scientifique qui préconise une réouverture des écoles en septembre lorsque les conditions de sécurité sanitaire auront été réunies et que cette rentrée aura pu être préparée.

Au moment d’envoyer cette lettre, nous constatons que vous avez signé, avec de nombreux maires franciliens de tous bords politiques, une tribune rappelant l’État à ses responsabilités. Nous sommes donc confiants quant à l’accueil que vous réserverez à nos propositions qui contribueront à protéger le plus efficacement nos enfants, nos enseignants et leurs familles, veuillez agréer, Monsieur le Maire, l’expression de nos salutations républicaines.

Jouy-Le-Moutier en Commun

Pour information, voici sa réponse :

Bonsoir,
Je vous remercie pour votre message.
Demain matin, je souhaite écouter les directrices et le directeurs sur leurs perceptions et leurs organisations.
Je souhaite échanger avec eux sur la nécessité d’ouvrir ou non. Je souhaite connaître le ressenti des parents avec qui ils ont parlé.
J’échangerai également avec les représentants des parents d’élèves élus dans l’après-midi pour les mêmes raisons et avec les mêmes questions.
J’ai également une visioconférence avec les autres maires du département et le préfet mardi après-midi.
Ce n’est que mercredi que j’arrêterai ma décision d’ouverture ou non. Sachant que, comme vous le rappelez justement, nous sommes un département « rouge » et que nous ne savons pas les contraintes qui seront les nôtres, puisque ce n’est que jeudi soir que nous le saurons.
Il n’en reste pas moins que je souhaite une totale transparence avec l’éducation nationale et les familles.
La priorité n’est pas d’ouvrir pour ouvrir, la priorité est d’accueillir nos enfants dans les meilleurs conditions possibles et en garantissant leur sécurité sanitaire, à eux, mais aussi aux enseignants, personnels de l’éducation nationales (AVS et autres) et personnels communaux.
J’espère vous avoir apporté un début de réponse à votre interrogation.
Prenez soin de vous.
Cordialement
//JCV

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1 commentaire

Débat sur la reprise des écoles – Jouy-le-Moutier en commun · 5 mai 2020 à 9 h 22 min

[…] équipe a récemment adressé au maire sortant une lettre ouverte sur ce sujet (https://jouy-le-moutier-en-commun.fr/?p=499). Tout en plaidant contre la ré-ouverture des écoles (dangereuse et sans intérêt pédagogique […]

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